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Si l’on devait dépeindre le jardin d’Eden, il ressemblerait sûrement à ce petit coin de paradis perdu dans les montagnes de la Mer Noire, en Turquie.
Inutile de plonger vos nez dans vos guides touristiques, ces plateaux n’apparaîtront nulle part. Il faudra suivre la route de Çamlihemsin, puis demander à quelques habitants du coin comment accéder à ces hautes-plaines. La route est tellement mauvaise que seule une jeep peut parcourir ces quelques kilomètres qui vous séparent du monde civilisé.
Bien que la plupart des habitants de Pokut et de Sal yaylasi habitent dans de grandes villes de l’automne au printemps, tous fuient les zones urbaines pendant l’été. Ici les journées passent mais ne se ressemblent pas : Malgré les tâches domestiques et ménagères, les familles trouvent toujours le temps de boire le çay (thé) pendant que les enfants jouent avec les vaches ou vont chercher de l’eau à la source. Le soir, on entend parfois le tulum (instrument de musique qui ressemble à la cornemuse) résonner dans les bois, les familles se retrouvent alors pour danser le horon (danse traditionnelle) et chaque génération est présente dans la grande ronde. Chacun se connait et vit loin de toute technologie : Pas de télévision, pas de téléphone portable, la seule occupation consiste à tisser des liens sociaux, la parole etant au centre de tout.
Sur les hauts-plateaux, deux ou trois pensions accueillent des touristes égarés. Les maisons sont construites à l’instar des petits chalets suisses, les chambres y sont décorées sommairement. La douche se fait à l’ancienne, avec une grande marmite d’eau chaude. Le repas est copieux et comporte légumes, riz pilav, ainsi qu’une spécialité du coin (muhlama) faite à base d’oeufs, de kaymak (sorte de mascarpone), de farine de maïs, de lait et de fromage du coin. Un vrai délice qui nous requinque autant qu’il nous ravit.
A 2050m d’altitude la vue est magnifique, à nous couper le souffle. Devant nous les montagnes du Mont Kaçkar, derrière nous les nuages. La nuit, pas un bruit ne vient chatouiller nos oreilles, c’est d’ailleurs le silence qui règne qui surprend au début. On ne peut s’empêcher de les envier, ceux qui réside là. Eux seuls, de génération en génération peuvent habiter à Pokut ou à Sal yaylasi, deux villages contigus.
Quand on met les pieds dans un endroit si verdoyant et pur, il est ensuite difficile de trouver une raison pour repartir. Que dire alors de toutes ces familles qui ne peuvent vivre à Pokut et à Sal yaylasi que quelques mois par an ? Car les fortes tombées de neige et les tempêtes de vent les obligent malheureusement à déserter les hauts-plateaux pendant l’hiver. Même si autefois il n’y avait ni électricité, ni route aménagée, et malgré les 7 heures de marche nécessaires pour atteindre cette altitude, jamais ces familles n’ont abandonné le navire. Devant leurs sourires allègres et ce paysage renversant, on comprend alors aisément pourquoi.
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