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On peut n’apprécier ni la Guinness, ni la grisaille et être tout de même captivé par l’Irlande. Je m’intéresse à Dublin pour ses Leprechauns (prononcez «leprekonn»). Ce sont ces elfs, tout de vert vêtus, ayant une apparence de vieillard barbu et qui hantaient l’Irlande d’une autre époque. Le folklore irlandais les veut à la fois associables et facetieux. Ces créatures ont pour fonction principale la conservation et la protection du trésor des fées, constitué principalement de marmites et de chaudrons entiers de pièces d’or. Les marchands de souvenirs locaux vous expliqueront que les leprechauns se refusent obstinément à en dévoiler l’emplacement aux humains, connus pour leur cupidité. On sait seulement que ce trésor est enfoui au pied d’un arc-en-ciel. Si comme moi, cette histoire vous intrigue, vous prendrez certainement plaisir a parcourir Grafton street, principale artère commerciale à Dublin, pour collecter la version de chaque commerçant.
La rue Grafton débouche rapidement sur St Stephen’s Green, autre lieu incontournable. C’est un grand parc situé au coeur de Dublin 2, le quartier d’affaires. Un de mes passe temps favoris est d’observer tous ces jeunes professionnels venir s’y ressourcer durant leur pause. Ils ont fort à faire ces professionnels durant leur journée. On sait que l’industrie financière est en plein essor. L’exemple du IFSC (ou International Financial Services Centre), anciens docks reconvertis en zone offshore pour entreprises financières, constitue un bel exemple de la volonté des pouvoir publics de faire de Dublin un pôle financier européen. On y dénombre environ 910 entreprises financières. Dublin ne se borne pas au secteur bancaire et financier. Les entreprises pharmaceutiques, pour ne citer que celles-là, sont également nombreuses à s’implanter. Toutes ces entreprises étrangères, américaines pour la plupart, profitent d’une fiscalité avantageuse et d’une réglementation basée sur le Common Law. Le taux de croissance du PIB (produit interieur brut) a été de 5.8% en 2006 pour un taux de croissance de 4.2% pour le PNB (produit national brut), ce qui indique clairement le poids des investissements étrangers dans le pays.
Cette effervescence influe favorablement sur le marché de l’emploi. Avec un taux de chômage à 4.4%, Dublin attire depuis le début des années 1990 une main d’œuvre qualifiée venue d’Europe mais aussi d’Australie, de Nouvelle-Zélande, des États-Unis et du Canada, pour ne citer que ces pays. On estime pour l’année 2006 à 200,000 le nombre de travailleurs immigrés dans la ville, soit environ 10% de la main d’œuvre totale. Ceci se traduit par un appel pour chaque CV envoyé (ou presque). L’idée peut vous être difficile à croire. Pourtant, c’est une bien une réalité à Dublin. Oubliez le Canada et son expérience canadienne pour espérer percer. Oubliez la France et ses 100 CV envoyés pour avoir le droit de décrocher les mille et un tests psycho techniques lesquels n’aboutiront possiblement que sur un CDD renouvelable. Ici, on vous demande simplement d’avoir les compétences requises et de faire vos preuves. Après tout, n’est-ce pas la façon dont le marché du travail devrait opérer? L’inévitable conséquence de cette prospérité est un coût de la vie relativement élevé.
Le développement rapide de l’Irlande lui a valu l’appellation de « Tigre Celtique » par certains économistes. Sans remonter aux grande famines du 19ieme, l’Irlande a longtemps subi les fléaux du chômage et de l’émigration. Le décollage économique a eu lieu dans les années 90 avec un taux de croissance de 9% en moyenne sur la période 1996- 2001. Parmi les différentes théories utilisées pour rationaliser cet essor hors du commun, l’approche la plus réaliste serait le principe de convergence. Selon ce principe, les transferts intra-communautaires vont amener les régions les moins avancées à converger au niveau des autres régions plus avancées. Le raisonnement s’appuie sur les transferts massifs de capitaux dont a bénéficié l’Irlande : 21,5 milliards de livres entre 1973 et 1999. Elle a ainsi absorbé 5 fois plus de fonds qu’elle n’a contribués au budget de Bruxelles. Par contre, Cette approche trouve ses limites. lorsque l’on compare l’exemple de l’Irlande à celui des autres pays ayant également bénéficié des subsides de Bruxelles. La Grèce, l’Espagne, le Portugal, et Italie n’ont pas connu le même taux de croissance suite à leur adhésion à la Communauté Européenne, et ce même s’ils bénéficié d’un soutien financier comparable.
En date d’aujourd’hui, il n’existe encore aucun modèle de développement qui théorise clairement le cas irlandais. Peut-être que la literature existante aurait-elle à gagner en considérant sérieusement l’hypothèse du trésor des leprechauns. Qui sait?
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