|
Ma formation académique en Ecologie et Environnement s’était achevée au même moment qu’une catastrophe écologique occupait les grands titres de l’actualité. J’ai vécu ainsi mon premier déversement industriel dans une rivière. Aujourd’hui, après un parcours professionnel au sein d’associations , de conseils, d’organismes gouvernementaux, me voici en charge de la division environnement dans une industrie souvent montrée du doigt : les mines.
Chaque geste que je pose doit répondre à une double exigence : permettre la continuité de production, donc satisfaire un industriel, et préserver l’environnement de toute agression. Cette opposition d’idées constitue en fait un équilibre instable entre deux réalités. C’est le dilemne perpétuel.
Faut-il abandonner ses convictions premières s’agissant du respect de l’environnement et rentrer dans une logique purement capitaliste, comme l’ont fait un certains nombre confrères, abandonner ce métier qui se veut parfois trop loin de la réalité ou alors continuer de vouloir jouer mon rôle d’interface entre l’industrie et l’environnement avec les risques que chacune de mes décisions implique ?
La stratégie adoptée par mes homologues me surprennent parfois. Une minorité se laisse bercer par le doux son des billets verts; d’autres se découragent et préfèrent se réfugier dans les tours dorées des cabinets de consultants. Il existe aussi ceux qui se battent au quotidien pour leurs convictions afin que peu à peu les choses puissent évoluer. Il prônent souvent le même discours et amènent les industriels à réfléchir aux gains générés par une protection de l’environnement. Malgré mes insomnies, quelques tensions, une consommation parfois accrue de café, je reste persuadé que protéger l’environnement reste économiquement gagnant. Il est certain que je fais des choix qui font souvent mal au cœur : en Abitibi, les castors constitue un problème récurrent. Faut -il en éliminer un certain nombre pour éviter des fuites et des déversements de produits toxiques. La vie vaudrait- elle moins que le profit?
Protéger l’environnement : une guerre quotidienne
S’impliquer dans la protection de l’environnement c’est lutter contre les idées fausses, supprimer les idéologies utopiques ou archaïques de certaines associations environnementales. C’est aussi accepter d’avancer à pas de tortue vers le développement durable. Je pense ici à la fable du lièvre et de la tortue.
Aujourd’hui, on ne peut pas dire je ne savais pas. On ne peut pas non plus renier et retourner à l’âge de pierre. On peut seulement éduquer, consommer de manière responsable, tous ensemble. L’environnement devient aussi une mode, un business qui joue parfois contre sa protection. Le principale problème de la gestion environnementale est sa complexité. Il faut à la fois penser de façon globale mais aussi au niveau local . Il faut adapter la stratégie mondiale aux niveau local. L’adaptation, voilà peut- être le mettre mot. Nous devrions être humbles et dire que nous avons pêché, mais aujourd’hui nous devrions surtout conseiller des pays comme la Chine, l’Inde ou les autres pays émergents à éviter les pièges d’une industrialisation absurde et aux conséquences irréversibles.
Et puis la question du climat. L’Homme a une influence néfaste. Ceci est indéniable mais lui attribuer l’entiere responsabilité du réchauffement de la planète n’est il pas lui attribuer trop d’importance. Ceci ne contribue –t-il pas à diffuser notre arrogance et notre volonté de domination vers les jeunes générations?
Voilà les interrogations d’un surintendant environnement au cœur de l’industrie, en plein réchauffement climatique et développement du nord.
|