Quand le développement durable s'invite dans les campagnes électorales : exemple franco-québécois

Par Guilaine Tournan

S'il est un sujet qu'aucun Français expatrié au Québec ne peut actuellement ignorer, c'est bien celui des élections. A la campagne présidentielle française, qui bat son plein depuis plusieurs mois déjà, s'est ajoutée fin février la campagne électorale québécoise qui ne durera pour sa part que... 33 jours. Cette différence temporelle demeure une source d'étonnement réciproque. Habitué à de longues périodes électorales minutieusement préparées en amont et marquées de rebondissements en tous genres, le citoyen français ne peut qu'être stupéfait de la rapidité avec laquelle s'enchaînent au Québec la proclamation d'une nouvelle campagne, son déroulement et les éventuels changements qui en résultent. Son homologue québécois ne peut pour sa part qu'être surpris du caractère "interminable" et mouvementé des campagnes électorales françaises. La découverte d'autres cultures, même proches en apparence, est toujours source d'étonnement... et c'est tant mieux ! Cependant, bien que majeure, la différence s'arrête là. L'enthousiasme médiatique pour les programmes et les promesses de chaque candidat reste le même de chaque côté de l'Atlantique, avec de chaque côté de l'Atlantique cette même fâcheuse tendance à ignorer les partis dits "minoritaires" au profit des partis "leaders" et au mépris d'une véritable information démocratique. C'est ainsi que, malgré les critiques et les oppositions croissantes, Québec Solidaire et les Verts ne participeront pas au débat des chefs le 13 mars à Québec, tandis qu'en France de nombreuses voix s'élèvent pour dénoncer un bipartisme politico-médiatique particulièrement désolant. Notons cependant à ce sujet un phénomène nouveau que l'on retrouve parallèlement en France et au Québec, à savoir la montée croissante d'une troisième voix qui tend de chaque côté de l'Atlantique à faire craindre un bouleversement de l'échiquier politique traditionnel. Je parle bien entendu de l'UDF de François Bayrou côté Est et de l'ADQ de Mario Dumont côté Ouest. Toutefois, malgré cette nouvelle donne, nous sommes toujours loin de l'idéal démocratique et du multipartisme qui en découle.

Et qu'en est-il des questions environnementales ? Ressemblances ou divergences ?

En France, il est certain que jamais une campagne électorale n'aura autant été marquée du sceau écologique. Le pacte de Nicolas Hulot n'y est, bien entendu, pas étranger. On pourrait même dire que c'est lui qui a introduit la dimension verte dans la campagne, lui qui a contraint les candidats à se prononcer sur ces questions, lui encore qui a favorisé une prise de conscience collective sur l'évidente interaction politique/environnement et, plus généralement, politique/développement durable. Mais d'autres initiatives, toutes à l'instar de la société civile, y ont également contribué : interpellations régulières des candidats sur des thématiques précises telles que les OGM ou l'EPR (European Pressurized Reactor), lancement par le CRID (Centre de Recherche et d'Informations pour le Développement) de la campagne « Etat d'urgence planétaire : votons pour une France solidaire », double notation des candidats par l' "Alliance pour la planète" selon des critères environnementaux.

Au Québec, la place des questions environnementales dans les débats reste moins enviable, bien qu'elles n'en demeurent pas moins réelles et constituent une préoccupation croissante de la population. Là encore, le rôle des ONG est primordial : envoi par Greenpeace Canada d'un questionnaire aux différents partis en lice en vue de leur attribuer une "note environnementale", organisation (toujours par Greenpeace) d'un débat public sur "les grands enjeux environnementaux du prochain mandat au Québec". Mais la sphère associative semble devoir lutter davantage pour se faire entendre tant des candidats que des média. J'en veux pour preuve le peu d'engouement donné au "grand" débat public et l'absence quasi-totale de propositions environnementales concrètes, chiffrées et réalistes par les principaux candidats. Peut-être est-ce là lié à la courte durée des campagnes électorales québécoises. Peut-être, mais cela soulignerait dans tous les cas une relégation au second plan de ces questions pourtant fondamentales.

Alors à quand le développement durable en toile de fond des campagnes électorales, d'un côté comme de l'autre de l'océan? Et surtout, à quand une traduction concrète, effective et fidèle des engagements pris par les candidats ? Les questions restent posées. Les réponses sont en attente.

    Quelques découvertes québécoises en matière électorale :
  • 33 jours de campagne officielle,
  • Souplesse administrative en matière d'inscription sur les listes électorales : possibilité pour un tiers d'inscrire ou de modifier l'inscription d'un électeur ; possibilité de voter dans un autre bureau lorsque l'on a quitté temporairement son domicile (étudiants....),
  • Possibilité de voter à son propre domicile lorsque des raisons de santé l'imposent (nouveauté 2007),
  • Possibilité de voter par anticipation,
  • Obligation pour les employeurs d'accorder au moins 4 heures consécutives à leurs salariés pendant l'ouverture des bureaux de vote pour qu'ils puissent voter.
Auteur :
Guilaine Tournan, Montréal, Qc canada.
Photographe :
Mahefa Rakotobe, Vancouver, BC canada.