La protection de l'environnement a quel prix ?

Par Loïc Didillon

"Le développement durable ou la décroissance soutenable ? L'intérêt de quelques uns ou notre avenir à tous ? recyclage des déchets ou analyse du cycle de vie, permis de polluer ou principe pollueur payeur ?" (extrait du site Internet cdurableinfo). Ces questions intéressantes ont toutes un point commun le choix de vie d'une société voir même plus de la planète entière. Depuis longtemps, à tort et à raison, les entreprises sont la cible des écologistes ; elles sont accusées de tous les maux de la planète mais aujourd'hui le virage "vert" du monde des affaires semble bien réel. La philosophie de cette nouvelle tendance "écolo" est certes davantage orientée par le souci du gain que par l'éthique. Mais peut importe, elle a au moins le mérite d'exister.

Le monde capitaliste raisonne par gain et perte, par profit et déficit alors pour le convaincre utilisons le même vocabulaire et arrêtons de parler de contraintes, de sanctions. Il faut au contraire montrer les avantages d'une gestion qui intégre les concepts de protection de l' environnement et du développement durable.

La mise en place d'un système de management environnemental (SME) et d'une norme telle que Iso 14001 apporte de nombreux bénéfices aux entreprises ; par exemple un bilan complet du mode de fonctionnement ou encore une analyse de toute les pertes et coûts. Après une période estimée à un an, les effets les plus souvent notés sont une réduction des frais de fonctionnement, des matières premières et une optimisation de la production. Dans l'industrie papetière par exemple, une étude approfondie des déchets et notamment du pourquoi des résidus de colorant, matière première à la fois onéreuse et polluante, permet de réduire les pertes et donc les commandes. Cette économie se répercute directement sur les budgets et les bénéfices. La publication de différents rapports et la pression des individus induis une plus grande prise en compte du climat au sein des SME. Les bourses du carbone mises en place en France, en Hollande et en Australie intéressent de plus en plus le monde économique. Le principe est simple et basé sur le système de la bourse ; on accorde à chaque entreprise un taux d'émission de carbone dans l'atmosphère. Si celle-ci dépasse le taux fixé, l'industrie doit payer des droits. Si ces rejets sont en dessous de ce même taux, elle peut vendre la différence selon la loi du marché. Ce système a un effet insoupçonné sur les entreprises américaines. Un grand nombre de multinationales en association avec des groupes de protection de l'environnement ont décidé d'interpeller le président des Etats Unis pour une prise en compte du protocole de Kyoto. Le but ultime n'est pas totalement écologique mais plutôt la peur de la concurrence, du public ou encore la perte de marchés. A Washington, les entreprises jouent la clef des lobbyings pour pousser à la réforme. La nouvelle majorité au Capitole a même rejeté la politique environnementale de l'administration Bush. Depuis quelques mois, les politiques américains proposent des lois plus ou moins drastiques. Par exemple, le "Global Warming Pollution Actexternal 2007" exige une réduction de 80% des émissions par rapport au niveau de 1990. Le plan Lieberman, McCain Reintroduce Climate Stewardship and Innovation Act, plus réaliste, demande la création d'un système d'échanges des émissions basées sur le marché. La peur de sanctions financières et les lois contraignantes gouvernaient l'action des industriels en environnement mais aujourd'hui la donne est différente.

"La prise en compte du changement climatique dans la gestion des entreprises pourrait ne pas coûter aussi cher que cela paraît" d'après le Global Climate Impact Abatement Map (Plan mondial d'atténuation de l'impact du changement climatique) commandé par la firme suédoise Vattenfall. Ce plan développe de façon interactive ce point de vue par secteur ( transport, agriculture par exemple ) par région et apparaît très ludique mais aussi très détaillé. Il explique et montre les coûts réels du changement climatique. En prolongement de ce rapport et du bilan du comité scientifique sur les changements climatiques de l'UNESCo paru au début du mois de fevrier, une certaine effervescence semble agiter les politiques : la commission européenne est en train de peaufiner un programme d'action énergique sur les émissions de carbone et le changement climatique. L'union se lance dans un programme de lutte contre le changement climatique en lien avec sa sécurité d'approvisionnement énergétique.

A l'aide de contraintes mais surtout de discours plus réalistes et conformes au monde des entreprises, le dialogue de sourds entre écologistes et industriels semble aujourd'hui avancer vers une interaction constructive. Le coût des pollutions et des catastrophes naturelles, la répercussion sur les primes d'assurances et enfin la sortie de nombreux rapports semblent créer un climat propice aux changements et à la prise de conscience face aux enjeux environnementaux.

Peu importe la philosophie et le but ultime, la prise en compte de l'environnement et une envie de plus en plus présente d'un développement durable constitue un fait positif. Comme a déclaré Nicolas Hulot sur France24, il est normal que les premiers concernés par l'environnement et les créateurs de richesse investissent dans l'action environnementale. Le monde de l'entreprise réalise petit à petit la nécessité de prendre en compte le facteur humain. La même voie semble timidement empruntée dans le cas du développement durable et de la protection de l'environnement. Le combat citoyen va-t-il devenir industriel et ainsi provoquer de véritable actions politiques ?

Reference :
cdurableinfo
Comission Européenne
Planète urgence (a)
Planète urgence (b)
Vattenfall
Environmental Defense
Auteur :
Loic Didillon, Vancouver.
Photographe :
Didier Bettens vit au bord du lac Leman en Suisse.